Cet article qui figure ci-dessous a été rédigé par un citoyen du complexe alpha sur parano.be. C'est selon moi un joli bout d'histoire qui méritait de figurer sur mon blog, parce que ce Norton représente un modèle de plus à mes yeux. C'est un anti-héros touchant, simple et rafraîchissant des cours d'histoire. Pour l'anecdote, sachez que Morris, le dessinateur de Lucky Luke, s'est inspiré de ce personnage pour "L'empereur Smith".
Proposé par Léopold-73213 le 05/08/2007 ,Validé par 68820 (edité)
Il y a des gens célèbres par leur naissance (les rois, les princes…).
D’autres entrent dans l’Histoire en étant des découvreurs, inventeurs, des scientifiques de génie…
Certains se démarquent par leur libie exemplaire, leur courage à un moment donné…
Il existe des personnes moins célèbres mais qui ont été des héros remarqués lors de conflits.
Et puis d’autres, qui n’on jamais rien fait. Si ce n’est d’avoir été excentriques ou farfelus.
Un beau matin de 1859, un homme en costume militaire arrive au bureau du « San Francisco Bulletin » . Reçu par le rédacteur en chef, il se présente : Norton Premier, Empereur des USA. Le trouvant drôle, le rédac-chef l’écoute délirer et décide de se moquer un peu du bonhomme en publiant son discours hallucinant.
Ce fut la première proclamation officielle de l’Empereur dont le règne durera plus de vingt ans.
Était-il vraiment fou ? Ou était-il simplement un clochard ayant trouvé une combine pour pouvoir vivre ?
Joshua Abraham Norton n’était pourtant pas un imbécile. Né en Angleterre dans la bourgeoisie, il vécut en Afrique du Sud et au Brésil avant de suivre une partie de la planète qui se précipitait à San Francisco en 1849 lors de la ruée vers l’or. Au lieu de se précipiter sur le terrain à chasser de l’or comme tout le monde, il eut une meilleure idée pour faire fortune : vendre aux chercheurs ce dont ils auraient besoin, en ouvrant un commerce. Et cela marchait si bien qu’en quelques années il était l’une des personnalités les plus riches du comté. Tellement riche qu’il tenta de détenir le monopole du riz en achetant tous les arrivages et, ainsi, fixer lui-même les prix de vente. Tout son argent partant dans ces achats de plus en plus onéreux, il ne put rien faire quand trop d’arrivage de riz arriva d’Amérique du sud. Il était ruiné.
Une semaine après la première publication des allégations de Norton Ier, le « Bulletin » publia un autre article. Dans celui-ci, Norton ordonnait la démission du Président et la dissolution du Congrès, il avait décidé de prendre les rênes du pouvoir en personne. Le Gouvernement restant « sourd » à son décret, il ordonna (un peu plus tard) à l’Armée, dont il était le chef supérieur, de marcher sur Washington avec une force suffisante pour faire évacuer le Congrès. En outre, il demanda à tous les états de l’Union d’envoyer un représentant au « Hall of Music » de San Francisco afin de rendre hommage à l’Empereur et recevoir ses nouvelles lois à faire appliquer. Il en profita pour dire qu’étant donné que les Mexicains étaient incapables de se prendre en charge, qu’il annexait le Mexique et en devenait le protecteur officiel.
Ces « décrets » amusèrent beaucoup les lecteurs du journal. Les gens prenaient beaucoup de plaisir à lire les annonces tonitruantes de Norton. En quelques semaines, il devint même une sorte de mascotte et le chouchou d’une partie de la population. On lui trouva un hangar où il installa sa « Cour » composée essentiellement de chiens errants, décorant les murs de portraits de Napoléon et de la reine Victoria. Quand il se promenait en flânant dans les rues, il inspectait les égoûts ou les horaires des transports publics. Les gens qu’il croisait le saluaient et il répondait par une élégante révérence. Il assistait aux offices religieux où on lui réservait une place. Au théâtre aussi, il avait sa place réservée et il arrivait souvent que le public se levât en silence pour l’accueillir. Certains restaurateurs lui donnaient à manger et l’invitait à leur meilleure table. Il ne payait jamais les transports en commun ou payait avec une monnaie qu’il imprimait lui-même!
Un jour il fut arrêté par un jeune policier, un peu trop zêlé, pour vagabondage. Indignation parmi ses fans! Le chef de la police en personne vint le libérer.
Quand la guerre de sécession éclata, il convoqua, par presse interposée, Lincoln (président des états unionistes) et Davis (président des états confédérés) afin de régler les problèmes en tant que médiateur Impérial. Aucun d’eux ne répondant à son invitation, il ordonna la fin des hostilités en attendant une décision « Impériale » qui trancherait définitivement le problème.
Norton mourut le 8 janvier 1880. Il faudra deux jours entiers aux dix mille personnes pour venir lui rendre un dernier hommage devant sa dépouille mortuaire. Preuve ultime, s’il en est, qu’il était aimé et apprécié.
Le « San Francisco Bulletin » publia dans sa nécrologie : « L’Empereur Norton ne tua personne, ne vola personne et n’expulsa personne de son pays. Plus que l’on peut en dire de la plupart des individus qui exercèrent sa charge »
En 1934, le cimetière où était enterré anonymement Norton fut l’objet d’une manigance foncière et immobilière, les habitants du quartier, parvinrent à faire céder le pouvoir en place et Norton fut déménagé dans un autre cimetière (celui de Woodlawn) où l’on plaça sur sa tombe une plaque de marbre portant sobrement ces quelques mots : « Norton Ier, Empereur des USA et Protecteur du Mexique 1819 – 1880 »
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